Le “data dividende” : un pas de travers vers la patrimonialisation des données ?

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a révélé ce mardi 12 février qu'une proposition de  “data dividende”  était en cours d'élaboration dans son état. ©Kevork Djansezian | Getty Images

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a révélé ce mardi 12 février qu'une proposition de “data dividende” était en cours d'élaboration dans son état. ©Kevork Djansezian | Getty Images

Californie : Une proposition de “data dividende” pour rémunérer les utilisateurs

Le gouverneur de Californie, Gavin Newsom, a révélé ce mardi 12 février qu'une proposition de “data dividende” était en cours d'élaboration dans son état. L’idée est de contraindre les grandes plateformes en ligne telles que Twitter, Google, Facebook et autres à partager avec leurs utilisateurs les bénéfices générés par l’exploitation des données de ces derniers. 

Dans son discours, Newsom a tout d’abord salué la loi californienne sur la confidentialité des données (inspirée du RGPD), qui entrera en vigueur l'année prochaine, déclarant que les entreprises qui gagnent des milliards de dollars par “la collecte, la conservation et la monétisation de nos données personnelles ont le devoir de les protéger. Les consommateurs ont le droit de savoir et de contrôler la manière dont leurs données sont utilisées.”

Puis il a exposé cette proposition, suggérant que les sociétés partagent une partie de ces bénéfices, rejoignant ainsi d’autres appels politiques à une plus grande taxation des GAFA :

"Les consommateurs californiens devraient également pouvoir prendre part à la richesse créée à partir de leurs données. (...) C’est pourquoi j’ai demandé à mon équipe de développer une proposition de nouveau dividende de la donnée pour les Californiens. (...) Nous pouvons faire quelque chose d'audacieux dans ce domaine.”

Pas de réaction des GAFA... pour l’instant

Les quatre logos du GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). (DAMIEN MEYER / AFP)

Les quatre logos du GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). (DAMIEN MEYER / AFP)

Les sociétés de publicité sur Internet les plus importantes au monde, notamment Google et Facebook, qui sont basées en Californie, seraient bien sûr impactées au premier chef par un “dividende numérique”. Mais, à l’heure où nous écrivons ces lignes, aucun membre des GAFA n’a encore réagi officiellement à l’annonce du gouverneur.

Suite à cette annonce, l’action Alphabet (société-mère de Google) a cédé quelques points à la bourse de New York, tandis que Facebook est passé en négatif. Sur Twitter, divers observateurs se sont essayés au calcul du revenu moyen par utilisateur. Ainsi, Twitter gagnerait 9,48 dollars par compte, et Facebook 7,37.

Si Newsom a déclaré reconnaître “que les données ont une valeur et qu’elles vous appartiennent”, la proposition californienne se présente sous la forme d’une taxe dont on ne comprend pas encore tout-à-fait les mécanismes envisagés. 

Un dividende sans droit de propriété ?

Le risque de cette approche est donc non seulement de ne pas renforcer le contrôle de ses données par l’utilisateur, mais au surplus de réduire les bénéfices des plateformes, encourageant ces dernières à plus collecter et à plus exploiter les données personnelles. 

Dans son rapport Mes data sont à moi, le think tank GenerationLibre promeut la patrimonialisation des données, mais en donnant à la personne la propriété des données personnelles qu’elle produit, permettant ainsi de faire de la data un objet de contrat entre entreprise et personnes, et remettant par conséquent le contrôle de leur exploitation et leur monétisation entre les mains des individus. 

Outre qu’elle préserverait le libre arbitre de l’utilisateur, une telle proposition aurait l’avantage de permettre à chacun de disposer librement de ses données personnelles, au lieu de ne faire qu’ajouter ce qui serait, in fine, une énième taxe sur l’innovation.

Source : Bloomberg